La deuxième moitié des années 1990 a été une période peu glorieuse pour l'arcade. Non pas que les jeux de l'époque fussent mauvais (loin de là, même, surtout quand on voit des titres comme Scud Race, King of Fighters 98 ou Dodonpachi); mais il était un fait que nul ne pouvait ignorer: la baisse manifeste de la fréquentation des salles, ainsi que la raréfaction des bornes dans les cafés et bars. Peut-être était-ce à lier à la croyance qu'on pouvait avoir "l'arcade à la maison" avec les nouvelles consoles de Sony et Sega (ce qui n'était techniquement pas plus vrai que pour les anciennes, sauf exceptions). Ou peut-être était-ce à lier à une modification de l'approche culturelle du jeu vidéo, plus intimiste et donc moins encline au jeu "en lieu public". Peut-être, tout simplement, les joueurs étaient-ils lassés de voir toujours les mêmes jeux, sur les mêmes bornes mal entretenues, dans des salles tenues par des mecs qui s'y connaissaient autant en jeux vidéo que moi en tuning. C'est sûr que jouer à KoF97 avec un bouton en moins et un stick dont la poire se détache, c'est peu pratique.
Néanmoins, les développeurs ne lâchaient pas (encore) l'affaire, et continuaient de proposer des titres de qualité. Capcom, par exemple, continuait de sortir des jeux de bastons sur son CPS2, utilisant des franchises nouvellement créées (Vampire en 1994, par exemple) ou adaptant en jeux de combat des licences Marvel. Et bien entendu, la firme d'Osaka n'avait pas abandonné la licence Street Fighter, avec notamment la série des Street Fighter Zero, mais nul ne s'attendait à ce que soit annoncé un cross-over entre cette dernière et les X-Men, sobrement intitulé X-Men vs. Street Fighter.
Comment justifier l'alliance des deux univers? Par un plot simpliste, bien sûr! Apocalypse veut faire très mal à tout le monde, donc les mutants s'allient aux humains balèzes pour lui éclater la gueule. Voilà voilà. Bon fort heureusement, on ne joue pas à un jeu de baston pour son scénario (enfin, on ne joue pas à un jeu de baston non-réalisé par Arc System Works pour son scénario, dirons-nous).
En termes de gameplay, le jeu se présentait comme un tag battle à 2 combattants exploitant la jouabilité de X-Men sur CPS2 (dans lequel était d'ailleurs déjà présent Akuma, en perso caché). Les persos de Street Fighter (avec le design de Street Fighter Zero 2') se voyaient donc affublés de coups démesurés pour équilibrer les forces face à des mutants déjà surpuissants. De fait, le jeu était particulièrement dynamique et spectaculaire, notamment lors des furies en tag.
Niveau roster, 17 personnages jouables parmi lesquels des figures incontournables et mémorables, comme Gambit, Cyclops, Magneto, Ryû, Akuma et j'en passe. Avec, bien sûr, en guise de boss, Apocalypse, et en adversaire post-boss, le partenaire que l'on aura sélectionné (car le dernier combat était le seul à ne pas se jouer en tag).
Niveau visuel, le jeu se plaçait totalement dans la veine de X-Men - Children of the Atom, avec le même type de graphismes (réussis) et une animation fluide, facilitant la représentation d'effets tape-à-l'oeil. Les stages, par leur thématique, reflétaient à merveille l'univers des X-Men, mais le côté "Street Fighter" semble manifestement avoir été un peu oublié sur ce point, ce qui est un peu regrettable.
Côté musical, on retrouvait en revanche les thèmes emblématiques des personnages bien connus, empruntés aux précédents jeux et remixés, tandis que les nouveaux arrivants (Gambit, Rogue, Sabertooth & Apocalypse) se voyaient attribuer des thèmes en parfaite adéquation avec eux (le thème de Gambit est assez mémorable, d'ailleurs).
Si bien que l'on obtenait, en termes de gameplay comme en termes esthétiques ou même de scénario (chaque personnage disposant à ce titre d'une fin personnalisée), un cross-over relativement cohérent.
Amateur des X-Men (à l'époque, je me rappelle avoir bien épluché les Age of Apocalypse) et joueur de Street Fighter, je ne pouvais pas passer à côté de ce jeu. Si bien que je l'ai squatté régulièrement dans l'unique salle d'arcade locale qui n'avait pas encore fermé et qui avait le mérite de le proposer sur une borne générique en bon état (et récente, puisqu'il s'agissait d'une borne Megalo).
J'ai essayé, quelques temps après, la version Playstation. Je m'étais déjà plus ou moins rendu compte que la baston 2D n'était clairement pas son fort après une conversion catastrophique de Samurai Shodown 3, mais je ne m'attendais pas à ce que ce tag en 2 vs. 2 devienne un vulgaire 1 vs. 1 à striker, affublé de temps de chargement à faire pâlir une NeoGeo CD...
Néanmoins, la version arcade de X-Men vs. Street Fighter demeure encore à l'heure actuelle mon épisode préféré de la longue série de cross-over initiée par Capcom et qui continue encore aujourd'hui, avec la version Ultimate (d'ailleurs excellente) de Marvel vs. Capcom 3, sortie le mois dernier.






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