Point Godwin atteint dès le titre. Eh beh... Bon, pas grave.
Puisque les présidentielles approchent et qu'il semble inspirer plusieurs candidats sérieux à la plus haute fonction de l'Etat, il m'a semblé judicieux, en ce lendemain de noël orthodoxe (c'est de circonstance, il a envahi la Grèce et la Russie), d'évoquer le charmant petit manga sorti récemment qui entreprend de raconter sa vie, son oeuvre et le reste.
Bien que l'enseignement de l'histoire en France n'ait d'"histoire" que le nom, je ne pense pas qu'il soit nécessairement utile de revenir sur la biographie du "caporal bohémien" ici bas. Non seulement ça donnerait à ce blog un aspect "intello" qu'il ne mérite pas, mais surtout, j'ai pas envie de m'emmerder. Allez lire (ou relire) Ian Kershaw, il fait ça très bien.
Hitler, donc, évoque les activités ludiques du chancelier/dictateur, de sa jeunesse viennoise (où il officiait en tant que peintre raté avant la Première Guerre Mondiale) à sa mort dans sa coquette résidence berlinoise (dont je ne doute pas qu'elle servit de modèle à SARAH dans Eureka), en passant par son expérience personnelle de la guerre (qui contrairement aux idées reçues n'a pas été celle d'un planqué: être estafette signifiait tout de même porter des messages aux diverses positions sous le feu ennemi), son implication dans la vie politique de la République de Weimar et son amour possessif et à sens unique pour sa nièce Geli. Avec les dommages collatéraux que l'on connaît.
Mizuki Shigeru, ancien soldat du Japon impérialiste, est l'exact opposé, dans le monde du manga, d'un Kobayashi Yoshinori. Loin de dédouaner son pays de ses crimes, il semble avoir été traumatisé par cette guerre, voulue par une institution inhumaine, qui lui a littéralement coûté un bras; aussi s'est-il éloigné de cette tendance historiographique voyant dans le Japon un pays martyr, victime de la barbarie américaine (sans pour autant partir dans l'excès inverse).
Sa vision de l'essor du nazisme et du "volet occidental" de cette même guerre se trouve donc conditionnée par cette expérience personnelle du conflit dans le Pacifique: Mizuki voit donc dans une minorité dirigeante cynique, arriviste et manipulatrice l'instigatrice d'un conflit qui finit par tourner à son désavantage, entraînant sa chute. Cependant, le mangaka a privilégié une approche tragi-comique du récit de la vie du dictateur.
Car, tout au long de cette petite histoire, Hitler est une véritable incarnation du ridicule, un être pathétique et pitoyable, dont l'incompétence n'a d'égale que l'ambition et l'égo surdimensionné, et que seul son talent oratoire parvient à tirer de l'indigence. Ses "amis" ne sont d'ailleurs pas en reste, en termes d'arrivisme et d'incompétence, et cette oeuvre de fiction, caricaturale à souhait, rejoint le questionnement historien de Kershaw: comment une telle bande de bras cassés a-t-elle pu réussir à s'emparer du pouvoir en Allemagne et semer la ruine en Europe?
Le trait "vieillot" et volontairement maladroit de l'auteur lorsqu'il s'agit de rendre les expression faciales renforce l'impression globale de ridicule, sans pour autant entamer la valeur dramatique des exactions commises par le régime nazi. Le premier chapitre, sensé se dérouler en 1945, en guise d'introduction, est à cet égard évocateur, tout comme les pages de garde de la plupart des chapitres, détournant diverses oeuvres d'art en une critique acerbe du nazisme et de son premier promoteur.
Cependant, tout est loin d'être parfait dans ce manga, car il souffre parfois du mal récurrent des récits historiques: l'anachronisme. Paris encore occupée en 1945, le terme de "Reich" employé pour désigner la république de Weimar ou autres ne nous seront donc malheureusement pas épargnés, même si, au fond, cela ne nuit pas vraiment au récit, de même que certaines traductions "étranges". On notera toutefois qu'une bonne partie des paroles prêtées à Hitler sont authentiques, tirées de discours officiels ou rapportées après guerre, ce qui démontre que la documentation de Mizuki n'était pas non plus superficielle, même si parfois insuffisante.
Quant à l'édition proposée par Cornélius, elle se révèle globalement d'excellente facture, avec une reliure du plus bel effet, une présentation de l'auteur en introduction qui permet de recontextualiser son oeuvre et un petit nombre de notes explicatives à la fin de l'ouvrage visant à pallier les éventuelles lacunes du lecteur.
Aussi, malgré les quelques défauts évoqués plus haut, je ne peux guère que conseiller la lecture de ce manga consacré à la biographie du plus célèbre cinglé de l'Europe contemporaine.




Dans les faits, le nazisme inspire littéralement TOUS les politiciens/communicants/publicitaires aujourd'hui. Que ce soit au niveau des ressorts psychologiques usés par la propagande contemporaine (tous inventés par Goeboels), de la manière de mener campagne, d'imposer des idées en haïssant les opinions différentes, à la façon dont on s'allie secrètement avec les industriels tout en se donnant une image populaire... le nazisme est l'ancêtre direct de la culture moderne.
RépondreSupprimerJe tacherai de le lire, ça m'a l'air intéressant. Merci du conseil senpai. ;)
RépondreSupprimerOuaip ! c'est vrai que la com actuelle a beaucoup emprunté ^^
RépondreSupprimersinon bravo pour tous ces points Godwin accumulé XD lol